Presses De L'université Laval
Bioéthique critique
La pandémie de COVID-19 témoigne à vif comment, dans nos sociétés modernes, les liens sociaux ont été fragilisés en mettant à nu la vulnérabilité de tous, de chacun et chacune. Nous avons aussi découvert collectivement comment, le care, entendu dans l’un de ses sens, celui di prendre soin, était au cœur de tous nos liens sociaux et qu’il tissait la trame de notre société. Tout à coup, certains travailleurs essentiels, qui étaient souvent des travailleuses essentielles, sont devenues visibles et, parfois, reconnues. De nombreuses personnes, en revanche, se sont retrouvées dans des situations d’extrême vulnérabilité. Certaines institutions essentielles se sont avérées fragiles ou dysfonctionnelles. Pour faire face à ces ébranlements sociaux profonds, les gouvernements occidentaux se sont souvent tournés vers un techno-solutionnisme numérique et ils ont fait usage d’une rhétorique guerrière se voulant mobilisatrice. Cet ouvrage collectif explore les facettes de ces vulnérabilités individuelle, collective et institutionnelle qui se sont manifestées pendant la pandémie de COVID-19. Il met en évidence comment le care, qui ne se limite pas à sa dimension de prendre soin, est à la fois ce qui nous a permis de tenir ensemble, mais aussi ce à quoi nous tenons. Les textes réunis ici interrogent donc à partir de la théorie du care, différents enjeux cruciaux de la pandémie, en particulier, la crise de la responsabilité et de la démocratie, l’invisibilité du travail des femmes et des immigrants et immigrantes, la gestion des risques et les solutions numériques, la collecte des données personnelles à des fins de santé publique, le prendre soin face à la mort, la résilience collective. Ont collaboré à cet ouvrage : Margo Bernelin, Alexandre Gefen, Anne Gonon, Sandra Laugier, Pascale Molinier, Vanessa Nurock, Marie-Hélène Parizeau.
Ce livre présente cinq entretiens avec des philosophes pionniers dans le champ de la bioéthique francophone, Anne Fagot-Largeault et Jean-Yves Goffi (France), Gilbert Hottois et Jean-Noël Missa (Belgique) et Marie-Hélène Parizeau (Québec), cinq personnalités de renom, connues pour leur trajectoire exceptionnelle. Les entretiens menés avec ces auteurs au sujet de leurs oeuvres, de leurs expériences dans des comités de bioéthique et des différents débats soulevés ces dernières années nous permettent de connaître leur travail, mais aussi de faire une incursion dans le développement fulgurant de la bio-médecine et des biotechnologies des cinquante dernières années. Les conséquences de ces applications, les problèmes éthiques générés, les jugements favorables et défavorables à l’égard des changements sociaux qui se sont produits et le bouleversement d’idées qui s’en est suivi, sont autant d’aspects abordés dans ces entretiens. L’utilisation du langage courant exige un effort de synthèse important; aussi ces entretiens sous la forme d’une conversation, offrent-ils au lecteur une large vision panoramique, rigoureuse et concise de l’évolution de la bioéthique francophone.
Le développement durable se conjugue-t-il avec la diversité culturelle ? Une telle interrogation force à relire l’histoire du modèle occidental de développement des sociétés qui a imposé aux autres peuples de la terre, un évolutionnisme culturel dès le XIXe siècle. Aujourd’hui, le concept de développement durable permet-il de penser d’autres modèles de développement économique, social, environnemental et culturel ? Donne-t-il la liberté de choisir selon les critères de sa propre culture et d’affirmer son droit à la différence ? Telles sont les interrogations qui structurent la première partie de cet ouvrage multidisciplinaire et international (Québec, Brésil, Belgique, Sénégal, France). En prenant l’exemple des nanotechnologies, la deuxième partie de l’ouvrage examine comment penser « l’innovation technologique responsable » à partir du développement durable. Les enjeux de finalités, d’évaluation des risques, des choix sociaux et citoyens, pourraient-ils alors être posés autrement ? Les sociétés des pays du Nord, du Sud, émergents ou pauvres, pourraient-elles choisir et non subir les nanotechnologies, en tenant compte d’autres dimensions que les paramètres économiques, dans le respect de la pluralité et en affirmant la diversité des cultures ? À chacun son développement durable ? constitue un appel pour qu’à travers la biosphère différentes formes de développement et d’épanouissement social et individuel soient possibles.
Par temps de crise environnementale, comment penser autrement notre relation à la nature et aux transformations techniques des milieux? Comment analyser la mutation des sociétés sous le choc de la modernité occidentale? Placé sous le signe du dialogue des cultures, cet ouvrage s’amorce avec une réflexion de philosophie politique sur les contacts multiples et complexes entre l’Occident moderne, l’Extrême-Orient et le Moyen-Orient. Comment comprendre les bouleversements sociaux, culturels, religieux et philosophiques induits par ces révolutions techniques et économiques dans leur passage accéléré à la modernité depuis le XIXe siècle? La pensée et la philosophie japonaises contemporaines sont ici exemplaires de ce rapport ambivalent avec la modernité. Elles partagent avec les philosophies occidentales de l’environnement certains thèmes de réflexion: la nature, la culture, la technique, le milieu ou Fudô. Ces parcours philosophiques différents explorent ici ces milieux modernes à la recherche d’autres modes relationnels. Par des jeux de reflets, ils mobilisent des philosophies occidentales de traditions différentes d’Aristote à Heidegger, tout en dialoguant avec les représentants de l’École de Kyoto et ses ramifications, de Watsuji Tetsurô à Nishida Kitarô, en passant par Nishi Amane, Nishitani Keiji ou Imamichi Tomonobu.
Le développement et la commercialisation de plantes génétiquement modifiées, ou de produits alimentaires qui en sont issus, ont suscité depuis les années 1990, et suscitent encore aujourd’hui, de nombreuses controverses. Confrontés aux diverses oppositions exprimées par le public, plusieurs pays ont eu recours ces dernières années à des comités d’éthique, ayant pour mission de procéder à une évaluation éthique de la diffusion de cultures de plantes transgéniques. Ces comités sont censés être pluralistes et fournir des avis indépendants. Afin d’examiner si tel en est le cas, nous nous interrogeons sur la façon dont fonctionnent ces comités et analysons comment s’y pratique une éthique appliquée. Ces comités sont-ils effectivement des lieux où s’exprime une véritable pluralité de points de vue ? Comment a-t-on construit des avis consensuels ? Quels présupposés philosophiques président à la formation de ces avis ? Les avis ont-ils été pris en compte par le politique ? Ont-ils été à l’origine de débats ouverts et poursuivis dans d’autres arènes et milieux ? Au vu de l’analyse du fonctionnement de ces comités et de l’examen du contenu de leurs avis, nous proposons enfin une méthode pour l’évaluation éthique des plantes transgéniques. L’ensemble de cette étude nous permettra de formuler des recommandations à la fois sur le fonctionnement des comités d’éthique et sur l’articulation de leur travail avec le débat public.
Comment repenser la nature en ce début de XXIe siècle, entre les changements climatiques et la catastrophe nucléaire de Fukushima ? L’urgence de l’action ne peut court-circuiter la réflexion déjà amorcée depuis les années 1970 sur le rapport qu’entretient la modernité occidentale à la nature. Certains grands thèmes des philosophies de l’environnement américain – la nature sauvage et la valeur intrinsèque de la nature – méritent d’être confrontés à d’autres façons de penser la relation à la nature. Poser la question philosophique de la technique ou du lien entre le politique et l’environnement, comme en témoignent les débats en Europe, ou encore ouvrir sur une perspective esthétique ou une éthique relationnelle incluant les choses techniques, comme cela est fait en Asie et au Japon en particulier, apporte un regard différent. Cet ouvrage analyse tour à tour les facettes de la technique moderne dans ses effets sur l’être humain et son environnement à partir de différentes perspectives philosophiques : regard phénoménologique, poétique, critique ou d’éthique appliquée. Il ouvre le débat sur la question de la place de l’être humain dans la nature, élargit les perspectives au dialogue des cultures, réfléchit sur les visées de la technique et de la science pour aujourd’hui et les générations futures, rappelle que les solutions pratiques doivent être diversifiées et non unidimensionnelles et nous entraîne vers la participation citoyenne. Comment penser ensemble, de façon pluraliste et dans notre diversité culturelle, la nature, les technologies et l’éthique ? Tel est l’enjeu de ce dialogue philosophique comparé.
Les institutions démocratiques doivent-elles se contenter de courir derrière les innovations technologiques ? Plusieurs scandales ou des catastrophes environnementales pourraient inverser cette tendance. Mais alors comment inventer une démocratie réflexive qui aborde ensemble les dimensions scientifiques, éthiques, politiques ? La controverse des organismes génétiquement modifiés (OGM) a suscité un peu partout dans le monde des innovations institutionnelles et des formes de débats pluralistes et structurés sans précédent. Ce livre porte sur ces modifications démocratiques. A-t-on affaire à des formes de « démocraties manipulées » ou, au contraire, « améliorées » et pour quels changements dans la société ? Il interroge au passage l’absence de tels débats au niveau fédéral au Canada, 5e producteur au monde de plantes OGM quand l’Europe foisonne de débats regroupés sous les termes d’évaluation technologique participative (ETP). Bien avant la démocratie participative, ces expériences réunissent dans des forums originaux experts et citoyens pour des débats exigeants, à l’interface sciences-société. Que nous apprennent par exemple les États généraux de la bioéthique, les conférences de citoyens sur les nanotechnologies ou le débat relatif au plus grand projet scientifique international sur la fusion nucléaire (ITER) organisé sous la houlette française de la Commission nationale du débat public ? Cet ouvrage présente de façon détaillée et comparative ces nouvelles procédures et ces expériences, pour en montrer les atouts et les limites. Il n’y a pas que la démocratie qui se modifie, la sociologie et les sciences politiques se rapprochent ici de la philosophie morale et politique pour forger des outils aptes à une analyse interdisciplinaire de raisonnements moraux d’experts et de citoyens en contexte. Au-delà de la restitution, nous trouvons ici des méthodes d’évaluation de la qualité de ces débats. Nous plongeons au coeur de ces controverses, où nous rencontrons les conflits éthiques et les choix possibles pour inventer une démocratie plus inclusive, à la hauteur des enjeux technologiques actuels. Ce type de recherche est donc en avance sur les pratiques politiques habituelles. Ces expériences micro politiques annoncent les débats politiques de demain.