Presses De L'université Laval
Américana
Plusieurs formes anciennes fondent le théâtre autochtone des trois Amériques. Certaines ont survécu au génocide entrepris par les puissances coloniales au cours des derniers siècles. Elles partagent les liens sacrés qui nous unissent à nos ancêtres et aux Esprits de la Terre. Le Xajoj Tun Rabinal Achi, inscrit depuis 2008 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, est exceptionnel. Il est le seul vestige du grand théâtre de cour maya, gardé vivant depuis la Conquête par les Mayas Rabinaleb du Guatemala. En juin 2010, la compagnie de théâtre Ondinnok présentait à l’Ex-Centris à Montréal une version nord-sud de ce grand texte précolombien, transformant l’histoire du théâtre. Cette action d’art se voulait une réappropriation de notre "apparentement transhistorique", une approche où les ancêtres traversent les corps des acteurs, afin de rendre présent ce monde qui est le nôtre et dont nous avons absolument besoin pour continuer à être des humains appartenant aux civilisations millénaires de la Maison Amérique. Réunissant des images du spectacle et de son processus de création, des entrevues, des textes analytiques, ce livre propose une réflexion de fond sur cette action d’art.
Ce livre rassemble et retrace des réflexions qui fondent ma pratique et ma conception du théâtre qui s’est construite de 1984 à 2020. Pour moi, la fonction de l’art est sacrée et notre théâtre remonte aussi loin que notre présence précolombienne à l’échelle des trois Amériques. Aussi, ce recueil comprend des textes de fond, des entretiens, de la poésie, des prises de position politique, des dénonciations, des textes sur l’histoire ininterrompue de ma nation Wendakeha’ga rhonon (huronne-wendate) et sur celles d’autres nations qui traduisent ici une lutte, une quête, une éthique. Le théâtre est essentiel à la décolonisation culturelle et sociale en cours chez les Autochtones, les Canadiens et les Québécois. C’est aussi un art qui nous relie à nos racines précolombiennes. Pour moi, les Amériques se sont bâties sur un génocide souhaité, mais irréalisé. Aujourd’hui à la grandeur des trois Amériques, nous poursuivons cette marche pacifique vers une redéfinition identitaire historique qui refondera la justice pour l’ensemble des trois Amériques au moment même où les conséquences du réchauffement climatique atteignent le point de non-retour.
Les romans, nouvelles et récits des Amériques s’ouvrent de plus en plus aux altérités et ainsi se rejoignent dans leurs dynamiques. Leur structure narrative est fondée sur le schéma de Greimas et mène à la transformation de contenus à partir de temporalités/causalités qui s’enchaînent. Les causalités justifient des exclusions comme barbarie/civilisation. Elles sont fondées, selon René Girard, sur la mimésis d’appropriation et une violence réciproque menaçant la communauté et sur la production d’un bouc émissaire conduisant à une violence unanime. Cette dernière renforce l’homogénéité du groupe qui se construit sur des paradigmes binaires vie/mort, intérieur/extérieur et richesse/pauvreté. Ils sont aussi présents dans des textes fondateurs, Bible, Popol Vuh, Torah et Livre de Mormon. Cependant, la dynamique narrative d’exclusion est récemment déjouée par des auteurs comme Simone Chaput, Yann Martel, Paul Auster, Laura Esquivel ou Leanne Betasamosake Simpson. Pour déplacer la structure narrative causale justifiant l’exclusion, les textes contemporains des Amériques (Canada, Québec, États-Unis, Mexique, Brésil, Caraïbes) utilisent des techniques et des thématiques jouant du fragment, du hasard, du non-causal, des interprétations multiples et de la réincarnation. Ils s’inscrivent dans une dynamique à la fois postcoloniale au sens de Homi Bhabha et multiculturelle au sens de Will Kymlicka. Ils ouvrent sur un transculturalisme où égalité et différence marchent de concert dans la reconnaissance des altérités, le partage des savoirs et la multiplication des images de soi allant jusqu’à l’affirmation d’une normalité queer.
L’objectif principal du livre L’Amérique du Nord : une histoire des identités et des solidarités est d’explorer l’histoire transnationale des trois partenaires nord-américains au cours des XIXe, XXe et XXIe siècles. Les réflexions proposées dans cet ouvrage permettent de voir que, si l’intégration s’avère fragile sur certains terrains, elle laisse entrevoir également des liens nord-américains beaucoup plus durables, ainsi que des contacts plutôt surprenants entre les deux voisins périphériques de l’Amérique du Nord. De la définition du territoire aux mouvements de solidarité, des migrations touristiques et culturelles au défi posé par des concurrents commerciaux, ce livre rebrasse notre compréhension du processus d’intégration de l’Amérique du Nord.
Cet ouvrage met en relief le nouvel essor des expressions culturelles autochtones et les conditions de leur réception. Il s’appuie sur des études et des analyses qui mettent en relief la manière dont nos sociétés se transforment, grâce à une véritable renaissance des cultures autochtones ayant cours depuis quelques décennies, et les enjeux et les défis que cela représente du point de vue de leur reconnaissance. Ce sont avant tout les relations entre sociétés autochtones et non autochtones qui sont appelées à être reconsidérées dans ce contexte, à travers des expressions littéraires, cinématographiques, théâtrales, performatives et politiques, qui appellent des interprétations susceptibles de changer les perceptions culturelles qui sont mises en cause des deux côtés de ces relations. Cet ouvrage table sur des rencontres qui permettent de nous reconnaître mutuellement selon de nouvelles avenues, plus respectueuses des conditions permettant de concevoir comment vivre en commun une expérience de réelle réconciliation.
Le théâtre autochtone connaît depuis une trentaine d’années une véritable renaissance. Puisant à ses formes traditionnelles, mais tout autant aux ressources du théâtre d’avant-garde contemporain, cette renaissance s’inscrit dans une dynamique de transformation des expressions théâtrales. Les œuvres dramatiques d’Ondinnok (Yves Sioui Durand et Catherine Joncas), de Monique Mojica et de Drew Hayden Taylor sont ainsi mises en résonance avec les expérimentations théâtrales d’Antonin Artaud, de Gertrude Stein et de Bertolt Brecht. Tout en affichant une parole revendiquant une appartenance à la réflexion contemporaine sur la situation amérindienne, la renaissance du théâtre autochtone ressemble tout autant à une transfiguration de l’expérience théâtrale. Ce livre permet de saisir ces nouvelles formes d’expression sous l’angle de la transculturation qu’elles proposent, comme une image en mouvement de la transformation actuelle des Amériques.
Par l’analyse de livres, de films, de revues savantes et de parcours touristiques et patrimoniaux au Québec, au Canada et au Brésil, on compare dans cet ouvrage des régions des Amériques selon des perspectives culturelles plus qu’historiques; on y découvre des analogies et des tendances, plus que des différences. Les comparaisons reposent sur des thématiques et des discours fondés sur des paradigmes tels que barbarie/civilisation, intérieur/extérieur, frontière/frontier. L’intérêt de ces comparaisons qui évitent de passer par la référence européenne est que, dans les rencontres entre immigrants et gens établis, ou entre autochtones et non-autochtones, une nouvelle identité équilibrée par le mouvement peut advenir. Cette identité tend vers le fluide du réseautage et échappe aux dualismes de souche/venu d’ailleurs, local/étranger, longue durée/courte durée.